LOBI
Les Lobi, les Birifor, les Dian, les Dagari, et les Pougouli sont regroupés sous le terme générique de Lobi. Depuis le premier contact avec les Lobi par le Capitaine Cazemajou en 1892, les Lobi conservent, aujourd’hui encore, une bonne partie de leur culture et de leurs traditions.
Selon la classification de Baumann et Westerman dans son livre « Peuples et civilisations d’Afrique ». Les Lobi appartiennent aux peuples paléonégritiques, ils représentent une culture archaïque remontant à la préhistoire.
Les Lobi firent sans doute, vers le XVIIIème siècle, leur première apparition dans leur pays actuel, le Burkina Faso (Haute-Volta). Venant du Ghana (Côte d’or) et d'un caractère guerrier, c'est à mains armées qu'ils occupèrent les régions montagneuses et aurifères qui avoisinent Gaoua. De là, ils se portèrent vers l'Ouest et vers le Sud, débordant jusque dans le Nord de la Côte d'Ivoire à l'Ouest de Bouna. Une fois maîtres de leur territoire, ils s'y sont fortement maintenus.

Chez les Lobi il n'y a pas de Roi ou d’autorité centrale qui dirige tout le monde. C'est une société acéphale.
Peuple belliqueux et insoumis, il fut durement réprimé par les colonisateurs français, notamment Henri Labouret, administrateur colonial du Cercle Lobi de Gaoua de 1914 à 1924. Ethnologue, il publia un premier livre « Les tribus du rameau Lobi » en 1931, décrivant leur mode de vie et leurs croyances.
L’un des premiers à les décrire en 1902, fut l’ethnologue Maurice Delafosse, qui, suite à la convention de partage franco-anglaise du 14 juin 1898, délimita les frontières de la Côte d’or (Ghana), de la Côte d’ivoire et du Soudan. Il publia son journal de voyage en 1908, s’attachant à décrire les paysages, les mœurs et l’histoire des habitants qu’il rencontra au cours de ce périple.
En ce qui concerne l’art cultuel, utilisant la statuaire comme support, il est méconnu voir inconnu à ce jour. La variété des formes et le nombre très élevé de ces statues le rend difficilement compréhensible.
Henri Labouret, administrateur du pays Lobi de 1912 à 1923, écrit dans son livre « Les Tribus du Rameau Lobi » édité en 1931 (page 188-189) :
«Il y a dans presque toutes les maisons, des statuettes en bois fort grossières et qui personnifient certains Dieux. Ces effigies sont laides et disproportionnées, elles sont vite faites et taillées n'importent comment. Au contraire, les petites poupées de bois suspendues au cou de certaines personnes pour les protéger, connues sous le nom de Biteba, sont l'objet d'un effort prolongé et plus heureux. L'art du sculpteur n'est pas pratiqué par des spécialistes mais beaucoup sont relativement doués pour le travail du bois.
Le travail du bois est moins fréquent que celui de l'argile. Il n'est guère d'enfants qui ne façonnent en glaise des animaux ou des objets fort curieux et ne gardent de cette habitude une facilité singulière pour modeler. Malheureusement, cet art de s'affine pas, il produit des effigies divines, assez grossières, qui se retrouvent accroupies autour des maisons et à l'intérieur de celles-ci».
Ce jugement n'a pas aidé à la reconnaissance de la sculpture Lobi et est contradictoire avec celle de Maurice Delafosse qui pour la première fois dans son livre « Les frontières de la Côte d'Ivoire, de la Côte d'Or et du Soudan » édité en 1908 (page 179-181) décrit ainsi un autel intérieur Lobi.
« 16 août 1902 à Donko, gros village de trente-deux Sokala, l'accueil est tout à fait cordial et le chef les gratifie d'un bœuf. Ce chef est un potier, la chambre qu'il a offerte renferme plus de trois cent pots et urnes de toutes tailles et de tous modèles, étagés depuis le sol jusqu'au plafond en rangs serrés qui garnissent tous les murs, tous très bien finis, peints en noir et remarquablement vernis.
À côté de la salle des pots est un réduit obscur, où seul, un petit trou percé dans le plafond apporte un peu de clarté: c'est une chapelle funéraire qui, malgré ses étroites dimensions, est un véritable musée et la chose la plus curieuse que j’ai vu jusqu'ici en Afrique.
À l'entrée, un monceau de plumes de poulets jonche le sol; puis ce sont des objets divers, de grandes calebasses longues en forme de concombres géants, recouvertes de sang et de duvet, des mâchoires et des crânes d'animaux domestiques et sauvages, des chaises Dagâri, le tout formant un tas qui s'élève à 50 centimètres du sol. En arrière, sur la même rangée, sont cinq statues en terre de grandeur humaine : deux femmes et trois hommes, assis les mains reposant sur les genoux, dans l'attitude hiératique des statues égyptiennes. La statue du milieu représente un homme d'âge mûr, la mâchoire inférieure entourée d'un collier de barbe, le regard fixé droit devant lui; à sa gauche, un arc est debout ; à sa droite est un lampadaire, formé d'un piquet de fer fiché en terre se terminant par une coupe où sont placées l'huile et la mèche. Entourant cet homme sont deux femmes, les mamelles pleines et légèrement pendantes. À chacune des extrémités de la rangée est un homme jeune, plus petit de taille que l'homme du milieu. Elles semblent représenter une famille.
Ces statues ont un tel air de vérité que la première impression éprouvée, en risquant un œil dans le réduit est d'être en présence d'êtres réellement humains, immobiles, comme plongés dans l'hypnose, et cette sensation à quelque chose d'effrayant. C'est seulement lorsque l'œil s'est habitué à l'obscurité, que ces êtres apparaissent en terre. En arrière encore sont deux têtes d'animaux, énormes, assez grossières, également en terre, et plus en arrière un amoncellement de crânes de bœufs, moutons, antilopes, etc...
Entre les têtes d'animaux et les grandes statues, ainsi qu'entre les jambes de celle-ci, il y a une véritable multitude de statuettes à figure humaine, variant de la taille d'une poupée à celle d'un enfant, les unes en argile crue, d'autres en terre cuite, d'autres en bois… tout un monde. Toutes ces statues et statuettes représentent les ancêtres du chef actuel de Donko, enterrés sous le sol de la Sokala dans un caveau qui communique avec l'extérieur par un conduit fermé au moyen d'une urne placée sur l'ouverture. Les plumes, les crânes, le sang, ainsi que des cauris déposés dans des assiettes, représentent les offrandes faites par les vivants pour permettre aux morts de vivre confortablement leur autre vie. »




Dìthíl : autel de la terre du village de Kerkéla dont le culte régit les rapport entre les habitants et les puissances (thila) du lieu. Il est toujours effectué par des prêtres Teésè (thuùn ou téguésiἑ), qui en tant que premier arrivant sont les Maître de la terre. Celui-ci appartenait à Sib
Thadyalté (+ 11-2018), féticheur de Kerkera dans la région de Kampti.





Thìlduù : autel intérieur de la sukala de Sib Tadyalté (+ 11-2018),
féticheur et devin à Kerkera.
Cet autel à été reconstitué par Sib lors de l’exposition « Altars – Art to
kneel » au Musée d'Art Contemporain Kunst Palast de Dusseldorf en
septembre 2001.
Un film reportage de Jacques Lombard et Michelle Fielloux, produit
par la CNRS-Ird, a été tourné à cette occasion: « Le voyage de Sib »,
sorti en 2005. Cette exposition a été rendu possible grâce à
l'intervention de Binaté Kambou, présent à cette occasion. Visionner le film sur Vimeo: Le voyage de Sib
En 1982, la thèse de Madeleine Père, qui consacra sa vie aux populations Lobi, décrivant les traditions et les changements qui s’opéraient dans cette société, apporte de nombreux renseignements sur la vie quotidienne de nombreux villages.