Culture et traditions

Les Lobi sont polygames et vivent dans des constructions en terre (banco), parfois gigantesques, compte tenu du nombre important d’épouses et d’enfants qui les occupent. Ces constructions appelées Sukala ressemblent à des châteaux-forts, n’ayant qu’une seule entrée, desservant une cour qui donne accès à de nombreuses pièces occupées par des membres de la famille. Les murs sont composés de bandes de terre superposées d’une cinquantaine de centimètres (peut être en rapport avec la construction du Monde par Thãgbá). Le toit en terrasse permet aussi l’accès à toutes les pièces, au moyen d’ouvertures, et à l’aide d’échelles placées à l’intérieur. Il s’agit de troncs d’arbres, ou des entailles sont pratiquées, pour former un escalier rudimentaire.

Sukala Lobi Labouret

Sukala Lobi Labouret
Sukala Lobi. Sources « Les tribus du rameau Lobi » Henri Labouret édité en 1931.


Échelle de Sukala Lobi à Téhini
Échelle permettant d’accéder à la terrasse. Sources : film funérailles Lobi à Tehini en 1950.


Plan de la Sukala de Bindouté Da
Plan de la sukala de Bindouté Da à Vurbera proche Gbomblora. Elle abritait ses 29 épouses et ses 114 enfants.

Les Lobi sont animistes, bien que tardivement les missionnaires chrétiens, exploitant les luttes incessantes faisant de nombreux morts chez les Lobi, aient introduit, afin de les évangéliser, la notion d’un Dieu unique qui aurait tout créé, ainsi que la légende qui l’accompagne:

«Aux premiers temps du monde, les hommes vivaient extrêmement vieux, le gibier était abondant, les récoltes poussaient sans qu'il soit nécessaire de travailler la terre, il régnait une harmonie parfaite entre les éléments naturels et les hommes, et entre eux et Thangba qui partageait leur quotidien. Mais une rixe opposant deux hommes qui convoitaient la même femme, se solda par la mort de l'un d' eux. Déçu, Thangba se retira de la communauté, et pour punition les contraignit à travailler afin de se nourrir à combattre les animaux et les maladies pour survivre.»

Selon Madeleine Père dans son livre « Lobi Tradition et changements », Thãgbá est le dieu suprême, créateur de la terre et de tout ce qui vit, maître du ciel et de la foudre. Il l’a créée par couches successives, cousues les unes aux autres et soutenue pour qu’elle ne tombe pas, par les kõteé, êtres extraordinaires et effrayants, qui pullulaient autrefois et pouvaient se manifester sous la forme de serpent. Seule la foudre peut être matérialisée et faire l’objet d’un culte. Elle symbolise le mâle qui pénètre la femelle (la terre). Elle est représentée le plus souvent par une latte de bois surmontée d’une poignée de tiges sèches d’une herbe nommée fàlcié (Eragrostis tremula), renouvelée chaque année, après avoir été introduite durant quelques temps à l’intérieur d’un trou percé dans un arbre foudroyé.

Dans la croyance des Lobi, les êtres humains ont deux corps. Le corps matériel meurt, mais son double immatériel, le thuú reste présent. Après la mort, celui-ci retraversera le fleuve Mouhoun (Volta noire) à bord d'une pirogue, pour retourner au pays de leurs ancêtres, actuellement le Ghana, d'où les Lobi du Burkina Faso sont venus vers le XVIIIème siècle.
Ce passage a lieu lors des secondes funérailles, le Bòbuùr. Mais certains esprits refusent de retraverser le fleuve et peuvent perturber le quotidien du clan, en se manifestant par des signes particuliers. Ainsi pour les Lobi, les défunts restent très présents et partagent toujours leur quotidien.

Pirogue Lobi sculture en bois
Lobi homme à bord d’une pirogue. Statue en bois avec patine sacrificielle mesurant 39 cm de hauteur et 69 cm de longueur. Elle a été collectée dans la région de Gaoua au Burkina Faso. Lors de leurs migrations du Ghana vers le Burkina Faso, c’est à bord de pirogues qu’ils ont effectué la traversée du fleuve Mouhoun (Volta noire). Le Ghana est la terre des ancêtres et après la mort le double (Thuù) doit retraverser pour retourner au royaume des morts (Ghana). Ancienne collection Christophe Vidal.